L’année 2025 a été témoin d’un changement discret mais suffisamment profond dans le cercle des investissements en cryptomonnaies pour en modifier radicalement les règles du jeu. L’époque où « raconter une belle histoire suffisait pour lever des fonds importants » est désormais révolue. À la place, une réalité extrêmement impitoyable s’est imposée : les VC commencent à filtrer les projets selon des critères de « fish aim » — ils ne recherchent pas un emballage narratif séduisant, mais la véritable valeur nutritive du projet, sa capacité à être autonome et à survivre par ses propres moyens.
Le filtrage impitoyable des VC : 4 % d’approbation derrière une segmentation extrême de la liquidité du marché
Le bilan de Wintermute Ventures en 2025 a de quoi secouer tout le secteur. Ce principal market maker et organisme d’investissement a examiné 600 projets, pour n’en approuver que 23. Un taux d’approbation de 4 % n’est pas une marque de fierté pour la sélection, mais l’annonce d’une vérité cruelle : la majorité des projets qui ne font que « raconter des histoires » n’ont plus de place pour survivre.
Ce qui est encore plus frappant, c’est que moins de 20 % des projets ont atteint la phase de due diligence. Le fondateur Evgeny Gaevoy n’a pas caché que leur mode d’investissement, basé sur le « lancer d’argent en priant », des années 2021-2022, était désormais abandonné.
L’écosystème VC crypto tout entier s’est rétracté violemment durant cette période. Le nombre annuel de transactions est passé de plus de 2 900 en 2024 à environ 1 200, soit une chute de 60 %. En apparence, le total des investissements mondiaux en crypto VC reste de 4,975 milliards de dollars, mais la logique de répartition de ces fonds a complètement changé — ils se concentrent de plus en plus sur des projets qui ont déjà prouvé leur vitalité.
Cette concentration se manifeste par une forte tendance dans les phases d’investissement : 56 % des fonds sont alloués aux phases avancées, tandis que la part des financements en amorçage, autrefois porteurs d’espoirs d’innovation, est tombée à un niveau historiquement bas. Les données du marché américain illustrent encore mieux cette tendance : si le nombre de transactions a diminué de 33 %, le montant médian investi a augmenté de 1,5 fois, atteignant 5 millions de dollars. Les VC préfèrent désormais concentrer leurs capitaux sur quelques projets qu’ils comprennent, plutôt que de continuer à lancer des filets sans discrimination.
La cause profonde de cette transformation réside dans une mutation extrême de la structure de liquidité du marché. En 2025, le marché crypto affiche une caractéristique sans précédent : une « largeur de bande » très étroite. Les fonds institutionnels représentent jusqu’à 75 %, mais cette masse de capitaux est principalement enfermée dans quelques actifs majeurs comme BTC et ETH. Les données OTC montrent que, si la part de marché de BTC et ETH est passée de 54 % à 49 %, la part des actifs de grande capitalisation a paradoxalement augmenté de 8 %, ce qui indique que le flux de capitaux vers les projets de taille moyenne ou petite devient de plus en plus rare.
Le phénomène le plus critique est la réduction drastique du cycle narratif des altcoins. Passant de 61 jours en 2024 à 19-20 jours en 2025, les fonds n’ont plus la patience d’attendre le développement d’une petite histoire, ni le temps pour que ces projets accumulent des utilisateurs. Parallèlement, les investisseurs particuliers ont radicalement changé leur attention : ils se tournent vers l’IA et les actions technologiques, ce qui entraîne une grave pénurie de capitaux pour le secteur crypto.
Le cycle de « marché haussier » de quatre ans, autrefois très attendu, s’est également totalement effondré dans cette dynamique. Le rapport de Wintermute indique clairement que la reprise de 2026 ne se produira pas naturellement comme par le passé. Pour briser cette impasse, le marché a besoin d’au moins un catalyseur puissant : soit une extension des ETF vers des actifs comme SOL ou XRP, soit une nouvelle percée de BTC au-delà de 100 000 dollars pour déclencher la FOMO, soit une nouvelle narration capable de raviver l’enthousiasme des petits investisseurs. Dans ce contexte, les VC ne peuvent plus parier sur des projets qui ne font que « raconter des histoires ». Ils recherchent ceux qui, dès la seed, ont prouvé leur capacité à exécuter concrètement, à attirer la liquidité institutionnelle.
C’est pourquoi la logique d’investissement a évolué, passant de « miser sur 100 projets pour un rendement multiplié par 100 » à « ne financer que 4 projets capables de survivre jusqu’à la cote officielle ». La peur du risque n’est plus synonyme d’investissement prudent, mais une compétence essentielle pour survivre.
La survie en phase seed : la capacité à générer des flux devient la « fish aim »
Dans cette esthétique d’investissement d’une précision extrême, chaque startup doit faire face à une question fatale : le financement seed n’est plus un point de départ pour brûler des fonds, mais une ligne de survie où il faut prouver par des données concrètes sa capacité à générer ses propres flux.
Vérification rigoureuse de l’adéquation produit-marché
Les VC ont totalement abandonné la satisfaction de voir de beaux business plans ou de grandes visions. Ils exigent désormais des données froides : au moins 1 000 utilisateurs actifs, ou un chiffre d’affaires mensuel supérieur à 100 000 dollars. Mais l’indicateur clé reste le taux de rétention — si le ratio DAU/MAU est inférieur à 50 %, cela signifie que les utilisateurs ne sont pas engagés, et aucun financement ne pourra sauver le projet.
Parmi les 580 projets refusés par Wintermute, beaucoup ont échoué à cette étape. Ils disposent de whitepapers soignés, d’architectures techniques impressionnantes, mais ne peuvent pas fournir la preuve que des utilisateurs réels utilisent leur produit et sont prêts à payer. C’est la méthode la plus directe pour tester la « fish aim » — un projet sans utilisateurs réels, même bien emballé, n’est qu’une coquille vide.
La seconde ligne de survie : l’efficacité capitalistique
Wintermute prévoit qu’en 2026, de nombreux « zombies profitables » apparaîtront — des entreprises avec un ARR (revenu annuel récurrent) de seulement 2 millions de dollars et une croissance annuelle de 50 %, incapables d’attirer des financements en série B. Cela signifie que les équipes en seed devront atteindre un « état de survie présumé » : ne pas dépenser plus de 30 % de leur revenu mensuel en burn, ou atteindre la rentabilité dès le début.
Cela peut paraître sévère, mais dans un marché où la liquidité se raréfie, c’est la seule voie possible. Concrètement, les équipes doivent se limiter à moins de 10 personnes, privilégier les outils open source pour réduire les coûts, voire recourir à des activités annexes comme le consulting pour générer du cash. Les projets avec des équipes de dizaines de personnes et une vitesse de dépense effrénée auront peu de chances d’obtenir une nouvelle levée en 2026. L’efficacité capitalistique n’est plus un avantage supplémentaire, mais une condition sine qua non pour survivre en seed.
L’intégration de l’IA comme standard
Les données de 2025 révèlent une tendance surprenante : pour chaque dollar investi par un VC, 40 cents vont à des projets crypto intégrant l’IA, soit le double de 2024. L’IA n’est plus une innovation accessoire, mais une norme incontournable pour les projets en seed.
Les projets en seed doivent démontrer comment l’IA peut réduire leur cycle de développement de 6 à 2 mois, ou comment l’IA peut piloter des transactions ou optimiser la gestion de la liquidité en DeFi. Par ailleurs, avec l’émergence de la tokenisation des RWA (actifs réels), ils doivent aussi utiliser des techniques de preuve à divulgation zéro pour garantir la conformité tout en protégeant la vie privée, réduisant ainsi les coûts de confiance. Les projets qui ignorent l’IA et la protection de la vie privée seront perçus comme « dépassés » et finiront par être éliminés du marché.
La planification de la liquidité et la compatibilité écologique
L’exigence la plus critique concerne la liquidité et la compatibilité avec l’écosystème. Les projets crypto doivent dès le seed planifier clairement leur accès aux flux institutionnels, en expliquant comment ils se connecteront à des canaux de liquidité comme ETF ou DAT. Les données sont sans appel : en 2025, 75 % des fonds proviennent des institutions, le marché des stablecoins est passé de 206 milliards à plus de 300 milliards de dollars, et les projets purement narratifs ont de plus en plus de mal à se financer.
Les projets doivent se concentrer sur des actifs compatibles ETF, établir des partenariats précoces avec des exchanges, et construire activement des pools de liquidité. Ceux qui pensent « prendre l’argent d’abord, s’occuper de la cote plus tard » ne survivront pas en 2026. Les VC évaluent désormais non plus la grandeur de la narration, mais la clarté du chemin vers la cote.
La grande épreuve et l’opportunité transdisciplinaire
Toutes ces exigences font du seed une véritable épreuve globale, pas simplement une étape de test. Les équipes doivent être pluridisciplinaires — ingénieurs, experts IA, spécialistes financiers, conseillers en conformité —, et utiliser le développement agile pour itérer rapidement, parler avec des données plutôt qu’avec des histoires, et bâtir des modèles commerciaux durables plutôt que de compter uniquement sur la levée de fonds.
Les chiffres sont sans appel : 45 % des projets crypto soutenus par des VC ont échoué, 77 % génèrent moins de 1 000 dollars de revenus mensuels, et 85 % des tokens lancés en 2025 sont sous l’eau. Ces données, silencieuses mais puissantes, envoient un message clair : sans capacité à générer des flux, un projet ne survivra pas à la prochaine levée, encore moins à une sortie en bourse.
La prise de conscience des investisseurs : du pari risqué à la chasse aux opportunités
Pour les investisseurs stratégiques et VC, 2026 marque une étape décisive : il faut s’adapter aux nouvelles règles, ou être éliminé sans pitié par le marché.
Le marché, de la spéculation à l’institutionnel
Le cœur du problème réside dans le changement fondamental de la dynamique du marché. Quand 75 % des fonds sont enfermés dans des canaux institutionnels comme les fonds de pension ou les hedge funds, quand les investisseurs particuliers se tournent vers l’IA et les actions technologiques, quand le cycle des altcoins passe de 60 à 20 jours, continuer à faire du « fishing » en pariant sur des projets qui ne font que raconter des histoires revient à donner de l’argent volontairement.
Le marché de 2025 confirme cette réalité : les narratifs de GameFi et de DePIN ont chuté de plus de 75 %, les projets liés à l’IA ont perdu en moyenne 50 %, et lors de la cascade de liquidations d’octobre, 19 milliards de dollars de levier ont été liquidés. Tout cela envoie un message clair : le marché ne paie plus pour des histoires, il ne paie que pour une exécution réelle et un modèle commercial durable.
Le cas Fuel Network, qui a vu sa valorisation passer de 1 milliard à 11 millions de dollars, Berachain qui a chuté de 93 %, ou Camp Network qui a perdu 96 % de sa capitalisation — ces projets autrefois très médiatisés en financement, alertent brutalement : l’ère du « fish aim » est morte, la narration ne suffit plus, l’exécution est reine.
La transformation radicale des standards d’investissement
Les institutions doivent opérer une refonte complète de leur approche. La première étape consiste à redéfinir fondamentalement leurs critères d’investissement : passer de « raconter une grande histoire » à « prouver la capacité à générer des flux dès la seed ». Il ne faut plus dépenser massivement en early stage, mais privilégier quelques seed de haute qualité, ou se tourner vers des phases plus avancées pour réduire le risque.
En 2025, la part des investissements en phases avancées atteint 56 %, ce qui n’est pas une coïncidence, mais le résultat d’un vote par l’action du marché. Les fonds qui ont anticipé cette tendance en se concentrant sur le middle et late stage ont un taux d’échec inférieur à ceux qui continuent à investir massivement en early.
La redéfinition des secteurs et la fusion IA-Crypto
Plus important encore, la redéfinition des secteurs d’investissement. La fusion IA et Crypto n’est plus une tendance, c’est une réalité. En 2026, plus de 50 % des investissements croisés seront dans ce domaine. Les acteurs qui continuent à miser sur des altcoins purement narratifs, à ignorer la conformité et la privacy, ou à négliger l’intégration IA, se retrouveront avec des projets qui ne peuvent pas accéder à la liquidité, ni entrer en bourse, ni réussir leur sortie.
Les nouveaux secteurs à surveiller : AI Rollups, RWA 2.0, applications de stablecoins pour le paiement transfrontalier, innovations Fintech dans les marchés émergents. Ces domaines offrent des opportunités structurantes et correspondent mieux à la logique d’investissement de 2026.
L’évolution de la méthodologie d’investissement
Enfin, la transformation de la méthodologie d’investissement. La prospection proactive doit remplacer l’attente passive des business plans, l’accélération de la due diligence doit supplanter les processus bureaucratiques longs, la réaction rapide doit prendre le pas sur les approbations internes lentes. Il faut aussi explorer activement les opportunités structurelles dans les marchés émergents, et bâtir un avantage différenciant.
Les VC doivent passer d’une mentalité de « pari pour un rendement 100x » à celle de « chasseurs de survivants » sélectionnant avec un regard à long terme (5-10 ans). La sélection doit s’appuyer sur une compréhension approfondie de la capacité à générer des flux, plutôt que sur la simple mise en scène narrative.
L’épreuve du temps et la fenêtre d’opportunité
Le rapport de Wintermute sonne comme un avertissement pour tout le secteur : 2026 ne sera pas la suite naturelle du marché haussier, mais un terrain où les gagnants s’imposeront. Ceux qui auront anticipé cette nouvelle esthétique, compris la véritable nature du « fish aim » — qu’ils soient entrepreneurs ou investisseurs — seront en position de dominer lorsque la liquidité reviendra.
Les acteurs qui continueront à s’accrocher aux anciennes méthodes, aux anciennes idées, aux anciens standards, verront leurs projets échouer un par un, leurs tokens s’effondrer, et leurs voies de sortie se fermer. Le marché a changé, les règles du jeu aussi, seule une vérité demeure éternelle : seuls les projets avec une capacité réelle à générer des flux, à survivre jusqu’à la cote, méritent d’être financés dans cette ère.
La « fish aim » réside dans cette philosophie — ne pas rechercher des narrations illusoires, mais exiger une valeur nutritive concrète. En 2026, le marché ne paiera que pour une exécution authentique et un modèle commercial durable.
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À propos de la conversation 2026 entre « Fish Aim » et le financement — Les VC excluent les histoires et n'investissent que dans des projets viables
L’année 2025 a été témoin d’un changement discret mais suffisamment profond dans le cercle des investissements en cryptomonnaies pour en modifier radicalement les règles du jeu. L’époque où « raconter une belle histoire suffisait pour lever des fonds importants » est désormais révolue. À la place, une réalité extrêmement impitoyable s’est imposée : les VC commencent à filtrer les projets selon des critères de « fish aim » — ils ne recherchent pas un emballage narratif séduisant, mais la véritable valeur nutritive du projet, sa capacité à être autonome et à survivre par ses propres moyens.
Le filtrage impitoyable des VC : 4 % d’approbation derrière une segmentation extrême de la liquidité du marché
Le bilan de Wintermute Ventures en 2025 a de quoi secouer tout le secteur. Ce principal market maker et organisme d’investissement a examiné 600 projets, pour n’en approuver que 23. Un taux d’approbation de 4 % n’est pas une marque de fierté pour la sélection, mais l’annonce d’une vérité cruelle : la majorité des projets qui ne font que « raconter des histoires » n’ont plus de place pour survivre.
Ce qui est encore plus frappant, c’est que moins de 20 % des projets ont atteint la phase de due diligence. Le fondateur Evgeny Gaevoy n’a pas caché que leur mode d’investissement, basé sur le « lancer d’argent en priant », des années 2021-2022, était désormais abandonné.
L’écosystème VC crypto tout entier s’est rétracté violemment durant cette période. Le nombre annuel de transactions est passé de plus de 2 900 en 2024 à environ 1 200, soit une chute de 60 %. En apparence, le total des investissements mondiaux en crypto VC reste de 4,975 milliards de dollars, mais la logique de répartition de ces fonds a complètement changé — ils se concentrent de plus en plus sur des projets qui ont déjà prouvé leur vitalité.
Cette concentration se manifeste par une forte tendance dans les phases d’investissement : 56 % des fonds sont alloués aux phases avancées, tandis que la part des financements en amorçage, autrefois porteurs d’espoirs d’innovation, est tombée à un niveau historiquement bas. Les données du marché américain illustrent encore mieux cette tendance : si le nombre de transactions a diminué de 33 %, le montant médian investi a augmenté de 1,5 fois, atteignant 5 millions de dollars. Les VC préfèrent désormais concentrer leurs capitaux sur quelques projets qu’ils comprennent, plutôt que de continuer à lancer des filets sans discrimination.
La cause profonde de cette transformation réside dans une mutation extrême de la structure de liquidité du marché. En 2025, le marché crypto affiche une caractéristique sans précédent : une « largeur de bande » très étroite. Les fonds institutionnels représentent jusqu’à 75 %, mais cette masse de capitaux est principalement enfermée dans quelques actifs majeurs comme BTC et ETH. Les données OTC montrent que, si la part de marché de BTC et ETH est passée de 54 % à 49 %, la part des actifs de grande capitalisation a paradoxalement augmenté de 8 %, ce qui indique que le flux de capitaux vers les projets de taille moyenne ou petite devient de plus en plus rare.
Le phénomène le plus critique est la réduction drastique du cycle narratif des altcoins. Passant de 61 jours en 2024 à 19-20 jours en 2025, les fonds n’ont plus la patience d’attendre le développement d’une petite histoire, ni le temps pour que ces projets accumulent des utilisateurs. Parallèlement, les investisseurs particuliers ont radicalement changé leur attention : ils se tournent vers l’IA et les actions technologiques, ce qui entraîne une grave pénurie de capitaux pour le secteur crypto.
Le cycle de « marché haussier » de quatre ans, autrefois très attendu, s’est également totalement effondré dans cette dynamique. Le rapport de Wintermute indique clairement que la reprise de 2026 ne se produira pas naturellement comme par le passé. Pour briser cette impasse, le marché a besoin d’au moins un catalyseur puissant : soit une extension des ETF vers des actifs comme SOL ou XRP, soit une nouvelle percée de BTC au-delà de 100 000 dollars pour déclencher la FOMO, soit une nouvelle narration capable de raviver l’enthousiasme des petits investisseurs. Dans ce contexte, les VC ne peuvent plus parier sur des projets qui ne font que « raconter des histoires ». Ils recherchent ceux qui, dès la seed, ont prouvé leur capacité à exécuter concrètement, à attirer la liquidité institutionnelle.
C’est pourquoi la logique d’investissement a évolué, passant de « miser sur 100 projets pour un rendement multiplié par 100 » à « ne financer que 4 projets capables de survivre jusqu’à la cote officielle ». La peur du risque n’est plus synonyme d’investissement prudent, mais une compétence essentielle pour survivre.
La survie en phase seed : la capacité à générer des flux devient la « fish aim »
Dans cette esthétique d’investissement d’une précision extrême, chaque startup doit faire face à une question fatale : le financement seed n’est plus un point de départ pour brûler des fonds, mais une ligne de survie où il faut prouver par des données concrètes sa capacité à générer ses propres flux.
Vérification rigoureuse de l’adéquation produit-marché
Les VC ont totalement abandonné la satisfaction de voir de beaux business plans ou de grandes visions. Ils exigent désormais des données froides : au moins 1 000 utilisateurs actifs, ou un chiffre d’affaires mensuel supérieur à 100 000 dollars. Mais l’indicateur clé reste le taux de rétention — si le ratio DAU/MAU est inférieur à 50 %, cela signifie que les utilisateurs ne sont pas engagés, et aucun financement ne pourra sauver le projet.
Parmi les 580 projets refusés par Wintermute, beaucoup ont échoué à cette étape. Ils disposent de whitepapers soignés, d’architectures techniques impressionnantes, mais ne peuvent pas fournir la preuve que des utilisateurs réels utilisent leur produit et sont prêts à payer. C’est la méthode la plus directe pour tester la « fish aim » — un projet sans utilisateurs réels, même bien emballé, n’est qu’une coquille vide.
La seconde ligne de survie : l’efficacité capitalistique
Wintermute prévoit qu’en 2026, de nombreux « zombies profitables » apparaîtront — des entreprises avec un ARR (revenu annuel récurrent) de seulement 2 millions de dollars et une croissance annuelle de 50 %, incapables d’attirer des financements en série B. Cela signifie que les équipes en seed devront atteindre un « état de survie présumé » : ne pas dépenser plus de 30 % de leur revenu mensuel en burn, ou atteindre la rentabilité dès le début.
Cela peut paraître sévère, mais dans un marché où la liquidité se raréfie, c’est la seule voie possible. Concrètement, les équipes doivent se limiter à moins de 10 personnes, privilégier les outils open source pour réduire les coûts, voire recourir à des activités annexes comme le consulting pour générer du cash. Les projets avec des équipes de dizaines de personnes et une vitesse de dépense effrénée auront peu de chances d’obtenir une nouvelle levée en 2026. L’efficacité capitalistique n’est plus un avantage supplémentaire, mais une condition sine qua non pour survivre en seed.
L’intégration de l’IA comme standard
Les données de 2025 révèlent une tendance surprenante : pour chaque dollar investi par un VC, 40 cents vont à des projets crypto intégrant l’IA, soit le double de 2024. L’IA n’est plus une innovation accessoire, mais une norme incontournable pour les projets en seed.
Les projets en seed doivent démontrer comment l’IA peut réduire leur cycle de développement de 6 à 2 mois, ou comment l’IA peut piloter des transactions ou optimiser la gestion de la liquidité en DeFi. Par ailleurs, avec l’émergence de la tokenisation des RWA (actifs réels), ils doivent aussi utiliser des techniques de preuve à divulgation zéro pour garantir la conformité tout en protégeant la vie privée, réduisant ainsi les coûts de confiance. Les projets qui ignorent l’IA et la protection de la vie privée seront perçus comme « dépassés » et finiront par être éliminés du marché.
La planification de la liquidité et la compatibilité écologique
L’exigence la plus critique concerne la liquidité et la compatibilité avec l’écosystème. Les projets crypto doivent dès le seed planifier clairement leur accès aux flux institutionnels, en expliquant comment ils se connecteront à des canaux de liquidité comme ETF ou DAT. Les données sont sans appel : en 2025, 75 % des fonds proviennent des institutions, le marché des stablecoins est passé de 206 milliards à plus de 300 milliards de dollars, et les projets purement narratifs ont de plus en plus de mal à se financer.
Les projets doivent se concentrer sur des actifs compatibles ETF, établir des partenariats précoces avec des exchanges, et construire activement des pools de liquidité. Ceux qui pensent « prendre l’argent d’abord, s’occuper de la cote plus tard » ne survivront pas en 2026. Les VC évaluent désormais non plus la grandeur de la narration, mais la clarté du chemin vers la cote.
La grande épreuve et l’opportunité transdisciplinaire
Toutes ces exigences font du seed une véritable épreuve globale, pas simplement une étape de test. Les équipes doivent être pluridisciplinaires — ingénieurs, experts IA, spécialistes financiers, conseillers en conformité —, et utiliser le développement agile pour itérer rapidement, parler avec des données plutôt qu’avec des histoires, et bâtir des modèles commerciaux durables plutôt que de compter uniquement sur la levée de fonds.
Les chiffres sont sans appel : 45 % des projets crypto soutenus par des VC ont échoué, 77 % génèrent moins de 1 000 dollars de revenus mensuels, et 85 % des tokens lancés en 2025 sont sous l’eau. Ces données, silencieuses mais puissantes, envoient un message clair : sans capacité à générer des flux, un projet ne survivra pas à la prochaine levée, encore moins à une sortie en bourse.
La prise de conscience des investisseurs : du pari risqué à la chasse aux opportunités
Pour les investisseurs stratégiques et VC, 2026 marque une étape décisive : il faut s’adapter aux nouvelles règles, ou être éliminé sans pitié par le marché.
Le marché, de la spéculation à l’institutionnel
Le cœur du problème réside dans le changement fondamental de la dynamique du marché. Quand 75 % des fonds sont enfermés dans des canaux institutionnels comme les fonds de pension ou les hedge funds, quand les investisseurs particuliers se tournent vers l’IA et les actions technologiques, quand le cycle des altcoins passe de 60 à 20 jours, continuer à faire du « fishing » en pariant sur des projets qui ne font que raconter des histoires revient à donner de l’argent volontairement.
Le marché de 2025 confirme cette réalité : les narratifs de GameFi et de DePIN ont chuté de plus de 75 %, les projets liés à l’IA ont perdu en moyenne 50 %, et lors de la cascade de liquidations d’octobre, 19 milliards de dollars de levier ont été liquidés. Tout cela envoie un message clair : le marché ne paie plus pour des histoires, il ne paie que pour une exécution réelle et un modèle commercial durable.
Le cas Fuel Network, qui a vu sa valorisation passer de 1 milliard à 11 millions de dollars, Berachain qui a chuté de 93 %, ou Camp Network qui a perdu 96 % de sa capitalisation — ces projets autrefois très médiatisés en financement, alertent brutalement : l’ère du « fish aim » est morte, la narration ne suffit plus, l’exécution est reine.
La transformation radicale des standards d’investissement
Les institutions doivent opérer une refonte complète de leur approche. La première étape consiste à redéfinir fondamentalement leurs critères d’investissement : passer de « raconter une grande histoire » à « prouver la capacité à générer des flux dès la seed ». Il ne faut plus dépenser massivement en early stage, mais privilégier quelques seed de haute qualité, ou se tourner vers des phases plus avancées pour réduire le risque.
En 2025, la part des investissements en phases avancées atteint 56 %, ce qui n’est pas une coïncidence, mais le résultat d’un vote par l’action du marché. Les fonds qui ont anticipé cette tendance en se concentrant sur le middle et late stage ont un taux d’échec inférieur à ceux qui continuent à investir massivement en early.
La redéfinition des secteurs et la fusion IA-Crypto
Plus important encore, la redéfinition des secteurs d’investissement. La fusion IA et Crypto n’est plus une tendance, c’est une réalité. En 2026, plus de 50 % des investissements croisés seront dans ce domaine. Les acteurs qui continuent à miser sur des altcoins purement narratifs, à ignorer la conformité et la privacy, ou à négliger l’intégration IA, se retrouveront avec des projets qui ne peuvent pas accéder à la liquidité, ni entrer en bourse, ni réussir leur sortie.
Les nouveaux secteurs à surveiller : AI Rollups, RWA 2.0, applications de stablecoins pour le paiement transfrontalier, innovations Fintech dans les marchés émergents. Ces domaines offrent des opportunités structurantes et correspondent mieux à la logique d’investissement de 2026.
L’évolution de la méthodologie d’investissement
Enfin, la transformation de la méthodologie d’investissement. La prospection proactive doit remplacer l’attente passive des business plans, l’accélération de la due diligence doit supplanter les processus bureaucratiques longs, la réaction rapide doit prendre le pas sur les approbations internes lentes. Il faut aussi explorer activement les opportunités structurelles dans les marchés émergents, et bâtir un avantage différenciant.
Les VC doivent passer d’une mentalité de « pari pour un rendement 100x » à celle de « chasseurs de survivants » sélectionnant avec un regard à long terme (5-10 ans). La sélection doit s’appuyer sur une compréhension approfondie de la capacité à générer des flux, plutôt que sur la simple mise en scène narrative.
L’épreuve du temps et la fenêtre d’opportunité
Le rapport de Wintermute sonne comme un avertissement pour tout le secteur : 2026 ne sera pas la suite naturelle du marché haussier, mais un terrain où les gagnants s’imposeront. Ceux qui auront anticipé cette nouvelle esthétique, compris la véritable nature du « fish aim » — qu’ils soient entrepreneurs ou investisseurs — seront en position de dominer lorsque la liquidité reviendra.
Les acteurs qui continueront à s’accrocher aux anciennes méthodes, aux anciennes idées, aux anciens standards, verront leurs projets échouer un par un, leurs tokens s’effondrer, et leurs voies de sortie se fermer. Le marché a changé, les règles du jeu aussi, seule une vérité demeure éternelle : seuls les projets avec une capacité réelle à générer des flux, à survivre jusqu’à la cote, méritent d’être financés dans cette ère.
La « fish aim » réside dans cette philosophie — ne pas rechercher des narrations illusoires, mais exiger une valeur nutritive concrète. En 2026, le marché ne paiera que pour une exécution authentique et un modèle commercial durable.